Eau et Agroécologie au Cameroun

Enquêtes participatives

Partager la Terre a effectué une mission d’enquêtes sur les conditions de vie au Cameroun au mois de février et mars 2010. L’étude a porté sur la pratique de l’agroécologie et la situation de l’eau potable en territoire rural.

L’association a réalisé des enquêtes participatives qui ont eu lieu à Dschang (ville de l’ouest du Cameroun) particulièrement à l’université d’agronomie. Nous sommes entrés en contact avec de nombreuses associations et ONG à Bamenda (ville anglophone du nord ouest du Cameroun) et Bafoussam (ville de l’ouest du Cameroun). A Koutaba et Babadjou villages de l’ouest nous avons pu rencontrer des agriculteurs, des chefs traditionnels ainsi que les maires de ces villages. A Foumban, ville de l’ouest nous avons enquêté auprès de la Mairie et ses service ainsi qu’à Yaoundé, la capitale, où nous avons pu recueillir des informations auprès des ministères et institutions nationales. Mbalmayo au Sud de Yaoundé fut l’occasion d’une rencontre très fructueuse avec l’association Alternatives Durables pour le Développement (ADD) qui est très engagée dans le développement rural.

Nous avons constaté la nécessité de réaliser des projets d’infrastructures de base dans l’approvisionnement de l’eau et de l’assainissement accompagné de promotion de l’hygiène et de la santé. Ces opérations s’adressent aux populations les plus vulnérables et les plus nécessiteuses résidentes en zones rurales et péri-urbaines. Ces projets doivent utiliser des technologies simples et appropriées. L’objectif est d’améliorer les conditions de vie de ces populations par la santé, l’éducation et le développement économique. Lors des enquêtes, nous avons pu nous rendre compte que fédérer les acteurs locaux pour constituer un partenariat et répondre aux besoins identifiés, permettrait d’apporter des solutions simples, concrètes et pérennes afin de participer à l’amélioration des conditions de vie des populations rurales. Principalement nous avons pu identifier des interlocuteurs particulièrement bien implantés et reconnus pour leurs capacités d’action pour le développement d’initiatives locales portées par les populations rurales.

Les populations du Cameroun ne manquent globalement pas de nourriture en quantité avec toutefois de grandes disparités géographiques. La qualité des productions est cependant à remettre en cause. La dégradation de la fertilité des sols est importante et il est essentiel d’apporter des solutions faciles à mettre en oeuvre en évitant tout intrants coûteux (engrais minéraux, pesticides, …..). Le but est de tendre vers l’autonomie de production.

En effet, les problématiques dans le domaine de l’eau sont les suivantes :

  • Une connaissance des ressources en eau limitée d’un point de vue quantitatif et qualitatif.
  • Une dispersion des compétences dans le domaine de l’eau entre 7 Ministères avec peu de coordination et de concertation.
  • Des programmes d’équipement (type Scanwater) inadaptés au contexte local dont on estime que 90 % des 350 installations de fonctionnent pas en raison du niveau trop élevé de technologie mis en oeuvre.
  • L’absence de périmètres de protection de captage même si l’intervention d’un hydrogéologue est fréquente pour la recherche d’eau.
  • Le défaut de systèmes d’assainissement correctement dimensionnés comme par exemple l’existence de 11 stations d’épuration pour la Capitale Yaoundé (2 millions d’habitants) dont aucune ne fonctionne ou le sous dimensionnement voire l’absence de latrines en milieu rural.
  • Le taux d’accès à l’eau « théoriquement » potable réel de 23 % en milieu urbain.
  • La gestion déficiente des infrastructures entraînant des coupures d’eau récurrentes. La situation est pire en milieu rural où rares sont les populations ayant accès à une eau potable.
  • Le défaut de sensibilisation des populations à l’hygiène et aux mesures de santé.
  • L’absence de formation des personnels communaux ou communautaires pour l’exploitation et l’entretien des installations collectives ou individuelles de distribution et de traitement d’eau pour la potabilisation (formation professionnelle et assistance technique).
  • La mise en place de structures de gouvernance de l’eau (comités de gestion) afin d’anticiper le renouvellement et la réparation des installations.
  • Le défaut de formation universitaire dédiée à l’eau (en cours de création à Ebolowa pour la entrée 2010).

D’autre part, la loi de décentralisation en cours d’application au Cameroun crée une perturbation importante sur les circuits de décision pour les projets d’infrastructure. L’Etat gérait jusqu’à présent ces projets avec peu de moyens et avec des financements qui n’atteignaient pas toujours l’objectif visé. C’est aux communes de prendre le relais sans transferts de budgets correspondants et peu de rentrées financières locales. Les interlocuteurs les plus aguerris et les plus fiables sont des ONG locales qui assurent la maîtrise d’ouvrage déléguée et font appel aux bailleurs de fond internationaux.

L’enquête menée a permis de sélectionner des acteurs fiables et compétents dans les domaines de la réalisation de projets d’eau et d’animation sur l’hygiène et la santé.

D’un autre côté, nous avons pu relever que les problématiques Agroécologiques sont les suivantes :

  • Le contexte tropical a de gros besoins en matières organiques.
  • Recherches de débouchés pour les cultures de qualité.
  • Lutte contre l’érosion.
  • Manque de surface agricole à cause d’une augmentation démographique importante et du mitage.
  • Problématique de conflits liés aux ressources entre éleveurs et agriculteurs.
  • Qualité des semences, prix, reproductibilité, variétés locales, biodiversité.
  • Fertilisations chimiques avec des problèmes de prix, de toxicité des produits.
  • Mobilisation de l’eau pour l’irrigation en saison sèche.
  • Dégradations de la couche arable dues aux feux de brousse.
  • Nécessité de reboisement pour faire face au réchauffement climatique et aux besoins en matières organiques .
  • Déficit d’aides pour les  zones rurale par rapport aux zones urbaines.
  • Difficultés de déplacements pour la vente des productions.
  • Manque de financement pour les ONG et associations de l’agriculture.
  • Difficultés pour changer les habitudes, manque de synergie et d’échanges entre les acteurs de l’agriculture.
  • Problèmes de formation professionnelle dans le domaine agricole, en agroforesterie et de la main d’œuvre agricole.
  • Les travaux de recherche sont souvent éloignés des préoccupations locales.
  • Besoin d’outils pédagogiques.
  • Manque d’infrastructure pour les formations.
  • L’intérêt est là pour l’agriculture biologique et l’Agroécologie mais il manque de formateurs et d’animateurs.

 L’opportunité de créer un centre d’agroécologie à Koutaba a été mise en évidence.